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Labyrinthe (Kate Mosse)

Labyrinthe (Kate Mosse)

Les morceaux choisis

Alaïs et Oriane
(…) Alaïs se sentit rougir, mais garda le silence. Elle se savait depuis toujours la préférée de son père, cependant, elle comprenait aussi que le sentiment de culpabilité qui pouvait en résulter le conduisait fréquemment à pardonner les écarts de conduite de sa fille aînée. Sans doute avait-il pour sa cadette de plus hautes aspirations.

Guilhem
(…) De nombreuses nuits, aux premiers jours de leur union, il l'avait regardée dormir dans la quiétude de leur chambre, et avait compris que, grâce à l'affection qu'elle lui portait, il serait, il pouvait devenir un homme meilleur.

L'Inquisition
(…) Les Bons Homes plaçaient la foi intérieure au-dessus des manifestations de ferveur. Ils n'avaient nullement besoin d'édifices consacrés, d'aucun rite, d'aucune humiliante soumission vouée à écarter l'homme de Dieu. Ils n'adoraient pas d'icônes ni ne se prosternaient devant des idoles ou des instruments de torture. Pour les Bons Chrétiens, le pouvoir de Dieu résidait dans le Verbe. Il ne leur fallait que des livres et des prières, des mots prononcés à haute voix. Leur salut ne reposait pas sur l'aumône, les reliques ou les prières récitées dans un langage que seuls les prêtres comprenaient.
A leurs yeux, tous les êtres de la Création étaient dans la grâce du Père saint, qu'ils fussent juifs ou sarrasins, hommes ou femmes, bêtes des champs ou oiseaux dans le ciel. Il n'y avait pas d'enfer, non plus que de Jugement dernier, parce que tous seraient sauvés par la grâce de Dieu, même si nombreux étaient ceux voués à revivre maintes existences avant de rejoindre le royaume des cieux.
(…) L'important, c'était qu'en ces temps obscurs les Bons Chrétiens fussent des hommes bons et tolérants, célébrant un dieu de lumière, au lieu de redouter le courroux d'un dieu cruel et vengeur.
(…) Excommunications, indulgences pour les croisés, les nouvelles campagnes pour éradiquer l'hérésie, comme ils l'appelaient, auraient duré encore des années, n'eût été l'élection d'un nouveau pape : Grégoire IX. Peu enclin à la patience, ce dernier, dès 1233, mit la Sainte Inquisition sous son autorité directe. Elle avait pour mission d'extirper l'hérésie où et par quelque moyen que ce fût. Parmi les différents ordres, il choisit les Dominicains, les frères noirs, comme exécutants. (…) Je pensais que l'Inquisition était partie d'Espagne. (…) C'est une erreur fréquente. (…) La sainte Inquisition fut fondée, dès 1184 au concile de Vérone, aux fins de chasser les cathares. Commença alors un régime de terreur. Les inquisiteurs allaient à leur gré de ville en ville, accusant, dénonçant, condamnant. Ils avaient des espions partout. L'on procédait à des exhumations en sorte que des corps enterrés chrétiennement étaient brûlés comme hérétiques. En comparant confessions et demi-confessions, les inquisiteurs commencèrent à dessiner la carte du catharisme à partir du village, de la ville, de la cité. Le pays d'oc sombra sous une marée pernicieuse de meurtres légiférés.
(…) Il est possible que catar, en occitan ou cathare, en français soit issu du grec katharos, qui signifie "pur". (…) Les origines du catharisme européen reposent sur le bogomilisme, croyance dualiste qui se propagea, dès le Xé siècle, en Bulgarie, en Macédoine et en Dalmatie. Lui-même se fonde sur des croyances religieuses plus anciennes, comme le zoroastrisme ou le manichéisme de perse; autant de religions qui croyaient en la réincarnation.

Le Graal
(…) N'est-il pas préférable de protéger un secret derrière un autre secret ? S'approprier, assimiler les idées et les puissants symboles appartenant à d'autres est le moyen par lequel survivent les civilisations. (…) les peuples sont à la recherche de vérités. Ils pensent les avoir trouvées et s'y arrêtent sans imaginer un instant qu'elles peuvent receler une vérité plus stupéfiante encore. L'Histoire regorge de religions, de rites et de symboles empruntés à une société aux fins d'en bâtir une autre. J'en veux pour exemple le jour de Noël, censé célébrer la naissance de Jésus de Nazareth, alors que le 25 décembre n'est autre que la fête du Sol Invictus, ainsi que celle du solstice d'hiver. La croix chrétienne, tout comme le Graal, n'est en réalité qu'un avatar de l'ankh, investi et modifié par l'empereur Constantin. In hoc signo vinces – par ce signe tu vaincras – sont des mots qui lui furent prêtés à la vue de ce symbole apparaissant dans le ciel. Plus récemment, les instigateurs du IIIé Reich s'approprièrent le swastika, quoiqu'en inversant le sens, et en firent leur symbole. En vérité, il s'agit, là encore, d'un avatar d'un très ancien symbole hindou de renaissance. (…) Le labyrinthe. (…) L'ancien symbole du Midi.
(…) Les disciples de Jésus de Nazareth ne s'attendaient pas à ce qu'il mourût sur la croix, ce fut cependant le cas. Son trépas et sa résurrection donnèrent naissance au mythe du sacré calice, un graal propre à donner la vie éternelle. Comment ce mythe fut reçu en ce temps-là, mystère; ce dont je suis toutefois certain, c'est que la crucifixion du nazaréen suscita une vague de persécutions. Nombreux furent ceux qui fuirent la Terre sainte, parmi lesquels Joseph d'Arimathie et Marie de Magdala qui se réfugièrent en France, emportant avec eux, paraît-il, la connaissance de l'ancien secret. (…) Les papyrus du graal, ou des joyaux provenant du temple de Salomon, la coupe de la cène, dans laquelle l'on avait recueilli son sang lors de sa crucifixion. Ou des écrits prouvant que le Christ n'était pas mort sur la croix, mais qu'il avait vécu une centaine d'années, caché dans les montagnes du désert, entouré de quelques élus.
(…) Tel est le dessein du Graal : aider ceux appelés à témoigner. L'Histoire est écrite par les vainqueurs, les menteurs, les plus forts et les plus résolus. La vérité se découvre souvent dans le silence et les lieux tranquilles.
(…) Qu'à travers les histoires partagées du passé, nous ne mourrons jamais.

Sol Invictus
(…) Soleil invaincu, issu du culte de Mithra. Correspondant à la naissance d'un jeune dieu solaire, surgissant d'un rocher ou d'une grotte sous la forme d'un nouveau-né.

Chartres
(…) En 1194, un incendie dévasta presque entièrement Chartres ainsi que la cathédrale. Au commencement, on pensa que sa principale relique, la sancta camisia, robe qu'était censée porter Marie à la naissance du Christ, avait disparu dans les flammes. Mais on la découvrit trois jours plus tard dans la crypte, où les moines l'avaient dissimulée. La nouvelle fut perçue comme un miracle, le signe que la cathédrale devait être reconstruite. L'édifice, tel qu'il se présente à vous, fut achevé en 1223. En 1260, il fut consacré cathédrale de l'Assomption de Notre-Dame, première cathédrale en France dédiée à la Vierge Marie.
(…) La cathédrale de Chartres est réputée posséder les plus beaux vitraux du monde. (…) Pendant qu'elle déambulait, Alice tenta d'imaginer l'aspect des murs lorsqu'ils étaient peints de fresques et les piliers tendus de somptueuses tapisseries, étoffes de l'Est et bannières de soie cousues d'or. Aux yeux de l'homme du Moyen Age, le contraste entre les splendeurs du temple de Dieu et le monde extérieur devait être étourdissant. Preuve, peut-être, de la gloire du Seigneur.
(…) Nous voici enfin, dit la guide, devant le célèbre labyrinthe à onze circuits. Achevé en 1200, c'est le plus grand d'Europe. Si la pièce centrale a disparu depuis longtemps, le reste est demeuré intact. Pour les chrétiens du Moyen-Age, ce labyrinthe était prétexte à un pèlerinage spirituel, en lieu et place de celui de Jérusalem. Du fait que les labyrinthes de sol, opposés à ceux découverts sur les murs des églises et des cathédrales, sont souvent perçus en tant que chemin de Jérusalem, celui-ci est la route ou le chemin de Jérusalem. Les pèlerins empruntent le circuit jusqu'au centre, parfois plusieurs fois de suite, symbole d'accroissement de la connaissance ou de rapprochement de Dieu. Il est fréquent que les pénitents achèvent leur voyage à genoux, parfois plusieurs jours durant.

© 2006, éditions Jean-Claude Lattès pour la traduction française
si l'éditeur le demandait, cette rubrique serait immédiatement supprimée

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