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Les semailles et les moissons (Henri Troyat)

Les semailles et les moissons (Henri Troyat)

Les morceaux choisis

Les Semailles et les Moissons (T1)
(…) Tu useras ton cœur à penser aux autres.
(…) Maria n'accordait jamais son pardon d'un seul coup, mais à petites doses, savamment calculées.
(…) Sa faiblesse physique, loin de la desservir, l'aidait à mieux assujettir ses proches.
(…) Souvent, elle déshonorait ses sentiments les plus justes par l'expression forcée qu'elle en donnait devant son entourage.
(…) Privée d'un espoir immédiat, elle voulait croire, maintenant, à l'existence future, à un au-delà vaporeux où sa mère serait heureuse et où tous, tôt ou tard, ils la rejoindraient.
(…) Une source intarissable abreuvait son chagrin.
(…) C'est une certitude de l'âme et non de l'intelligence.
(…) Elle retournait à ses besognes ménagères. Cette activité farouche usait son énergie et obnubilait ses pensées. Elle expulsait la poussière et réduisait les taches, comme si elle eût assouvi une vengeance.
(…) Elle apprécia sa chance d'appartenir à un sexe qui dédaigne les divagations politiques et philosophiques pour mieux se consacrer au service de la vie quotidienne.
(…) Un homme ne peut pas se passer de femmes.
(…) Amélie détesta, envia, cette faculté masculine de rompre avec les soucis, de déposer les armes, de prendre du repos sur le champ de bataille.

Amélie (T2)
(…) Le sermon du curé leur avait attendri le cœur. Ils avaient tous un air de sainteté sur le visage.

La Grive (T3)
(…) Amélie lui posa la main sur le front. Il sourit de satisfaction. Elle prenait la souffrance dans le creux de sa paume. Que ne pouvait-elle, par cette caresse, ressusciter l'homme fort qu'elle avait connu ? En cette minute où elle était pleine d'angoisse pour la santé de son enfant, elle eût souhaité, plus que jamais, se sentir enveloppée d'une tendresse robuste. Sa volonté lui pesait. Elle avait envie de s'en débarrasser comme d'un fardeau. Elle appelait à l'aide un mari qui n'existait plus.
(…) De toute la Confession des Pêchés, elle n'avait retenu qu'un formule (…) "C'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très grande faute !…"
(…) Quand on appelle le curé, c'est que le docteur ne peut plus rien faire.
(…) Comme toujours dans les moments de crise, une détermination farouche la tendait vers le but qu'elle s'était fixé. Son calme apparent était fait d'une extraordinaire concentration d'énergie.
(…) Ayant installé le sommier et le matelas, les hommes se retirèrent, abandonnant aux femmes le reste de la besogne, qui n'exigeait ni force, ni compétence.

Tendre et violente Elisabeth (T4)
(…) Moins il s'occupait d'elle, plus elle se sentait à l'aise pour pénétrer sa vie intime.
(…) Un inverti, un homme qui aime les hommes.
(…) Fallait-il envier les personnes mûres pour leur sagesse, ou les plaindre pour la futilité de leurs soucis et de leurs joies ?
(…) Il semblait que l'effort dépensé en commun pour examiner un problème pratique donnât à chacun l'illusion que ses désirs étaient déjà à demi exaucés.
(…) D'instinct, elle haïssait les précautions oratoires, les tergiversations diplomatiques. Pour elle, un obstacle n'était jamais à contourner, mais toujours à abattre.
(…) Rien n'excitait davantage son ardeur que la défaillance des autres.
(…) Cette patience, cette attente, étaient, en réalité, ce qui répugnait le plus à son caractère. Elle était déprimée sans avoir rien fait.
(…) La tige de la laminaire se dilatait lentement dans ses entrailles, préparant l'expulsion sanglante de l'œuf.

La Rencontre (T5)
(…) Parmi ceux qui souhaitaient ouvertement l'armistice, combien seraient déçus en apprenant qu'il était signé, et combien , parmi ceux qui réclamaient la prolongation de la guerre, se désoleraient en secret si le gouvernement exauçait leur désir ?
(…) Tu oublies qu'il n'a plus sous ses ordres les héros de 14-18 ! Si ton père était en vie, il te dirait ce qu'il faut penser des soldats d'aujourd'hui !
(…) M. Calamisse était persuadé que de Gaulle se trouvait à Londres par ordre du maréchal.
(…) Mais un malaise persistait dans sa poitrine, fait de colère contre lui-même et de pitié pour ses parents.
(…) Ce qui se bâtit dans la tempête a plus de chance de durer que ce qui se bâtit par beau temps.
(…) Ne disait-on pas que certains "collaborateurs" avaient déjà reçu de petits cercueils par la poste, pour les avertir du destin tragique qui les attendait.
(…) Pour que la France émergeât du chaos, il fallait ce sursaut de haine contre l'étranger qui, depuis quatre ans, dominait et pillait une nation vaincue. Mais quand la tempête serait passé, que deviendraient tous ces cultivateurs, ces ouvriers, ces comptables, ces enfants, pour qui la désobéissance aux lois, l'usage de faux, la tuerie, auraient été des actes d'héroïsme ?
(…) Ils ne visent même plus, ils tapent dans le tas ! (…) Ce n'est pas la guerre, c'est de la boucherie !…
(…) Enrichie par des années de marché noir, une nouvelle classe sociale montrait sa prépondérance.
(…) alerte signifiait électricité, et électricité signifiait radio.
(…) La voix des "Français parlent aux Français" annonçait, coup sur coup,la pendaison d'une centaine d'otages à Tulle et l'exécution de tous les habitants d'Oradour-sur-Glane, plus de six cents personnes, les hommes étant fusillés, les femmes et les enfants brûlés vifs dans une église.
(…) le moment est venu pour nous de ne plus réfléchir, mais de croire aveuglément à la nécessité de la libération.
(…) Tous les défaites avaient le même visage de crasse, de lassitude et de stupidité animale.

© Librairie Plon
© Presses de la Cité, 1989
si l'éditeur le demandait, cette rubrique serait immédiatement supprimée

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