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Qui touche à mon corps (Valentine Goby)

Qui touche à mon corps (Valentine Goby)

Les morceaux choisis

(…) Ce qui est insupportable et lui noue l'estomac, la gorge, lâche ses intestins, c'est la tendresse extrême de la peau sous ses paumes à cet endroit précis, juste derrière les oreilles, faite pour les baisers à cause de sa douceur, pour le parfum à cause de sa tiédeur, les mots d'amour, des veines palpitent là, imperceptiblement, un battement, deux battements, l'étreinte va durer deux secondes et brûler les mains qui la donnent pour la première fois. (…) l'urine coule, lentement, dans ses chaussettes, sa lèvre tremble, ses dents s'enfoncent dans la chair de ses joues jusqu'au bruit mat, définitif, des sept kilos de métal. La tête roule, le sang gicle et fait soleil.

(…) depuis 1940, depuis 1871, depuis tellement longtemps avant, que la cause de toutes les défaites gît dans l'utérus mort des femmes. Les femmes ont fait plier la France devant l'Allemagne saturée de jeunesse, de muscles, de sang frais, le Maréchal qui l'affirme n'a jamais été père mais il est père de la Nation.

(…) Vous êtes une femme, Marie, on n'exécute pas les femmes et vous serez graciée. (…) Je me suis rappelé les mots du réquisitoire, à un moment le procureur a dit qu'une femme comme moi n'était pas une femme.

(…) Je sais ce qui aurait sauvé ma mère (…) Qu'un homme la prenne, entière, dans une étreinte totale, qu'on la tienne fort sans que rien dépasse qu'on l'embrasse qu'on la presse qu'on la lèche, qu'on la suce et qu'elle jouisse à pleurer, qu'on l'épluche, patiemment, (…)

© Editions Gallimard, 2008
si l'éditeur le demandait, cette rubrique serait immédiatement supprimée

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