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Nestor, la bouffe et moi (Dominique Buffet)

Nestor, la bouffe et moi (Dominique Buffet)

Les morceaux choisis

La première bouchée
(…) Pourquoi ? "Je mange poussée par ce qui me mange de l'intérieur : mieux vaut s'obséder sur la bouffe que de ressentir cette angoisse …"
(…) Quoi ? " La compulsion, ce besoin pressant et irrésistible de manger de façon irraisonnée, fait que la taille de la première bouchée importe peu. Il suffit à amorcer la pompe qui déclenche le gavage.
(…) Quand ? N'importe quand, voire à la fin d'un repas

Soigner le manque par le manque : le régime
(…) Le propre de la folie est de continuer les mêmes erreurs en espérant un résultat différent
(…) L'argument "ça ne fait pas grossir" justifie ma boulimie
(…) Avec le régime, je prépare le gavage qui suit toute restriction. En nourrissant ma peur de manquer, il attise ma frustration et mon obsession de nourriture.
(…) Avec le régime, je m'impose des contraintes. Le régime réveille en moi la rebelle.
(…)La bonne combine : les vomissements : Vouloir quelque chose pour rien
(…) Le syndrome du yo-yo : Si je passe ma vie au régime, c'est bien qu'à chaque fois je reprends du poids. Pourquoi ? L'image mentale que j'ai de mon corps, ce miroir déformant, insupportable, efface mes atouts physiques, spirituels et moraux.
(…) Le robot nestorien, à la moindre contrariété, peur, émotion, ennui, changement de plan, m'actionne à trois niveaux : mes pieds jusqu'au réfrigérateur, mes mains jusqu'à la bouche et mes mâchoires pour la mastication expresse enclenchant la pompe insatiable.
(…) La boulimie, une irrésistible "compensation", une obsession qui mène à la première bouchée
(…) Les virus nestoriens : la culpabilité, la honte, la malhonnêteté, le déni, le perfectionnisme, la peur, l'orgueil

Comment licencier Nestor ?
UN JOUR A LA FOIS

Accepter la boulimie
(…) C'est une maladie, et devenir responsable de son rétablissement. (…) Accepter la boulimie, c'est lâcher prise et accepter ses limites. Paradoxalement, l'espace ne se réduit pas, il s'élargit de liberté

Un défi tenable à récompense immédiate
(…) M'abstenir de la première bouchée, juste pour aujourd'hui, quoiqu'il arrive.
(…) Lister mes nourritures-pièges, mes comportements alimentaires dangereux, les bienfaits de l'abstinence de la première bouchée
(…) La différence entre un désir et une décision : un désir est un "oui, mais", une décision est un "oui", sans condition.
(…) Transformer le mot "impossible!" par le mot "pourquoi pas ?"
(…) Démarrer sa journée par des pensées saines, un petit déjeuner avec lecture ou écrits : l'absorption physique et l'absorption mentale sont régies par les mêmes lois
(…) Vaincre l'isolement par un coup de fil avant la crise plutôt qu'après, par l'écriture, par la thérapie … : se nourrir de nouvelles pensées !

Travailler sur ses croyances
(…) Les détecter, les repérer, les désosser, les vider des pensées négatives, se défaire des diktats de la peur
(…) Les 5 critères des pensées saines :
1- Cette croyance m'aide-t-elle à protéger ma vie et ma santé ?
2- M'aide-t-elle à atteindre mes buts à court et long terme ?
3- M'évite-t-elle les conflits indésirables avec les autres ?
4- M'aide-t-elle à ressentir les émotions que je veux ressentir sans avoir recours à la nourriture ?
5- S'appuie-t-elle sur des faits ?
Si je peux répondre oui à 3 de ces questions, cette pensée est rationnelle et saine pour moi.
(…) Remplacer mes croyances malsaines par des pensées saines, se faire aider, se faire du bien, visualiser pour créer son image et s'en nourrir, avoir envie de l'après, de la satisfaction de la chose faite qui motive pour faire ce que l'on n'aime pas : les choses bonnes pour moi finissent par me devenir nécessaires, j'ai envie de les faire
(…) Il est essentiel de trouver un moyen de se relier à soi, de faire le calme et d'affronter ce silence qui fait peur. Se centrer.

Le calme intérieur
(…) Beaucoup de dépendants proviennent de milieux dysfonctionnels, où la violence verbale, l'alcoolisme, l'inceste ou autres abus étaient si terrifiants dans l'enfance qu'ils ont alors inconsciemment adopté une respiration restreinte sans faire le plein d'oxygène. De se centrer sur la respiration et de la développer est très important pour défaire les tensions et être en contact avec son moi profond et authentique.
(…) La pratique du calme intérieur permet d'arrêter l'hyperactivité et de se relaxer sans avoir recours à l'excès de nourriture qui était du temps de Nestor la première source de détente.
(…) Devenir adulte, s'aimer, c'était cesser de reproduire dans ma vie les situations dont enfant on a souffert.
(…) C'est en abandonnant la lutte que je la gagne
(…) Quand je me relève d'une crise, bien que fragilisée, je ne repars pas de zéro.
(…) "Non" est une phrase complète.
(…) Chercher ce qui me convient "le mieux"
(…) Ne plus avoir besoin de "faire le poids" pour avoir le sentiment d'exister et de pouvoir faire face aux difficultés. Ne plus attendre des autres qu'ils me "comblent".

La traversée des émotions
(…) Mes croyances malsaines et les réactions qui en ont découlé n'avaient qu'un but :m'éviter de souffrir pour survivre à mes peurs, la peur du vide, la peur de l'inconnu, la peur de souffrir
(…) Je signe la paix avec mon passé : j'ai l'impression d'hériter de ce passé, un héritage de peines et de joies que j'accepte sans les juger et surtout sans me juger. Héritage également des actions valables que j'ai pu accomplir et que je ne m'étais jusqu'ici jamais "appropriées". Je les trouvais "normales". En fait, la plupart de ces actions exigeaient courage, initiative, prise de risques, persévérance … Je commence à m'estimer et à me respecter.
(…) J'apprends à être moi-même, sans peur, donc sans agressivité. Je veille à ne pas tomber dans le ressentiment, qui détruit deux valeurs irremplaçables : le moment présent et la sérénité.
(…) Je sors de l'isolement. Je sollicite de l'aide.
(…) J'apprends à m'aimer. Je prends soin de moi.
(…) Je retrouve mon humanité. Chemin faisant, je retrouve la vulnérabilité.
(…) Débusquer les blessures enfouies dans les constantes de mon comportement, dans les jugements que j'émets, dans les questionnements.
(…) Il est vrai que si pour l'adulte, il n'est pas facile de comprendre des croyances aussi folles, pour l'enfant prisonnier de ces croyances, c'est tout aussi dur de "recevoir" une réponse qui ne "cadre" pas avec ses croyances.
(…) C'est parce que enfant le sentiment d'amour et de sécurité me provenait d'une source extérieure que j'ai tendance aujourd'hui encore à croire que cet amour va me venir de l'extérieur. C'est-à-dire petite, j'ai été aimée pour ce que je faisais et jamais pour ce que j'étais. L'enfant se définit dans le regard de ses parents, c'est sa référence suprême et si ce regard n'existe pas par rapport à ce qu'on est dans l'être, on se raccroche à ce que les autres pensent de vous.
(…) Transformez les "pourquoi je ne peux pas" en "comment je choisis de me rétablir".

© Editions du Rocher, 1996
© Editions du Rocher, 2000, pour la présente édition

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