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Le goût du bonheur T1 Gabrielle (Marie Laberge)

Le goût du bonheur T1 Gabrielle (Marie Laberge)

Les morceaux choisis

Catholiques et protestants, Francophones et anglophones
(…) Ce débat concernant les catholiques versus les protestants revient régulièrement pour bien affirmer que ce mariage n'est quand même pas sans problèmes. Edward a beau être un Canadien français catholique, il a été pollué par le protestantisme de sa patrie d'adoption : les Etats-Unis.

Charité et dignité
(…)"Je donne de l'argent à ses filles, je les éduque et je les mets à l'abri du besoin. Je ne peux rien d'autre. Quand je le vois, je l'invite à manger, mais c'est pas des festins. La seule chose qui reste à Hector en face de moi, c'est de ne pas me demander d'allonger un dix piasses. Tu comprends que je ne peux pas faire ça sans lui enlever plus que je ne lui donnerais." Oui, Gabrielle comprend. Elle comprend aussi que, dans sa maison, dans son petit cocon bien entretenu, elle est elle aussi à l'abri de ce qui arrive aux autres et que ce n'est pas en donnant un dollar à la quête le dimanche qu'elle fait sa part.
(…) "Je pense que c'est avec du cœur qu'on doit faire la charité. Je ne ferais rien pour les pauvres s'ils ne me faisaient pas mal à voir."
(…) "Je le fais parce que la province a dépassé 20% de chômage et que le chiffre à lui tout seul indique un sérieux lot de problèmes sociaux. Parce qu'un homme qui chôme accuse les femmes de le voler en travaillant. Parce qu'un homme qui chôme trouve que les étrangers deviennent trop nombreux et lui arrachent le pain de la bouche."
(…) "Vous êtes comme tout le monde : vous voulez aider les pauvres mais décider pour eux de ce qu'il y a de mieux. Vous voulez contrôler les femmes et réfléchir selon vos principes et vos normes à ce qu'il faut faire pour elles. Mais vous ne savez pas ce qu'est leur vie, vous ne savez même pas ce qu'est la brutalité d'un mari décidé et certain de son droit."
(…) "On est toujours injuste dans l'aide qu'on apporte, Reine, parce que la misère est plus grande, plus vaste que nos moyens de la contrer. Il faut essayer d'aider tout le monde, mais il faut avoir l'humilité de reconnaître qu'on ne peut pas remplacer Dieu."

Du XIXe au XXe : Suffragettes et servantes
(…) "Une vraie dame se tait et endure", disait sa mère. Se taira-t-elle, sa fille ? Peut-être, parce qu'elle n'est pas bavarde de nature, mais endurer, c'est moins sûr. Gabrielle se rend compte qu'elle ne le souhaite pas, qu'elle ne ferait jamais sien le principe de sa mère. Les temps changent après tout, le XIXe siècle est loin derrière, maintenant. Etre raisonnable, ça oui, mais endurer en silence … supporter et se dire que c'est bien, qu'on l'a mérité, qu'on paye pour ses péchés, elle n'en est plus sûre, Gabrielle.
(…) Jamais elle n'abritera sous son toit une "femme comme ça" qui se même de raisonner et d'exiger au lieu de régner par les lois naturelles offertes aux femmes : le charme et l'attention aux autres.
(…) "C'était de même dans l'ancien temps : la plus vieille devenait le bras droit de la mère, elle s'occupait des autres, elle se sacrifiait pour les autres. Ta mère a fait comme on lui disait : à neuf ans, elle a lâché l'école et elle a pris un tablier sans rien dire. Une servante, ni plus ni moins qu'une servante chez son père. La seule différence, c'est qu'elle n'avait pas de gages. C'est elle qui était la moins bien placée, l'aînée et suivie en plus Cyril qui attirait, lui, toute l'attention et tous les espoirs de notre père."
(…) "Je le sais que c'est ridicule, l'histoire du nom, mais c'est comme si je n'existais pas de par moi-même." "Mais si j'avais un peu de marge de manœuvre en dehors de la maison, je ne sais pas quoi sans ton consentement, ouvrir un compte à la banque sans ton endossement ou même signer un chèque toute seule,juste moi … tu sais bien, posséder quelque chose et faire à ma tête de cochon pour le gérer."
(…) "La loi est mal faite. Elle protège le mari. Elle a perdu ses droits en se mariant. Elle est redevenue mineure."
(…) Gabrielle soutient que, pour sa part, quand elle essaie d'évaluer si une histoire doit être racontée ou non, elle pense à ses sœurs et au jugement qu'elles porteraient, qui est parfaitement calqué sur ce que l'Eglise professe.
(…) Ils parlent de la notion de femme libre et Gabrielle conclut que, pour la plupart des hommes, la liberté se passe au-dessous de la ceinture et que, pour la plupart des femmes qui remettent en question les principes de la société, ça se passe beaucoup plus haut.

Education
(…) Germaine estime être partisane d'une bonne éducation stricte qui les mette à l'abri des faiblesses de volonté que l'on constate de nos jours.
(…) "Reprendre Mimi comme tu l'as fait, c'était humiliant pour elle." "Ce qu'elle a dit n'était pas correct, ce que tu as dit n'était pas bien." "C'est interdit dans cette maison de traiter les gens avec mépris." "On reconnaît les grands à la façon dont ils traitent les petits. Gagner en humiliant, c'est perdre."
(…) A force de faire attention à ne pas froisser Georgina, Gabrielle se rend compte qu'Isabelle va pâtir et payer pour une autorité parentale absente mais respectée. (…) Dans cette famille où le silence règne en ce qui concerne les sentiments, une robe neuve est une preuve sinon d'affection, du moins d'intérêt pour sa personne.
(…) Gabrielle sait bien que son choix conjugal clamait son désaccord filial.
(…) Maintenant , elle sait que la richesse et le savoir-vivre peuvent aussi dissimuler des brutes. La bonne éducation, si chère à sa mère, permet quelquefois de masquer des tempéraments violents et décadents. Et qui dans ce pays est mieux éduqué qu'un prêtre ?
(…) "Je comprends que tu es obéissante et c'est très bien, mais tu ne dois pas obéir si ça te rend malheureuse et qu'il y a moyen de faire autrement".
(…) "C'est pas dans la Bible qu'on dit : mieux vaut un chien vivant qu'un lion mort ? Si tu enlèves aux enfants la possibilité de respecter leur père, où est-ce qu'elles vont prendre l'exemple pour le reste ?"
(…) Gabrielle caresse les cheveux de sa fille : "Je ne le sais pas, Adélaïde. C'est très difficile de savoir ce qui aurait rendu Denise heureuse. Je pense que c'est mieux de pleurer quand on en a besoin et de rire quand on en a envie. Même s'il faut apprendre à se tenir devant les gens et à être distinguée, je pense qu'on est mieux de ne pas trop jouer la comédie."
(…) Gabrielle mourrait de honte si ses enfants apprenaient sa vie privée, la nature de ce qu'elle partage avec Edward, mais elle sait que, sans ce secret, ses enfants seraient élevés sans avoir une bonne idée du mariage.
(…) "Tu as raison, Adélaïde, il faut toujours faire face et se battre."
(…) Gabrielle a demandé à chacun des enfants de céder un jouet ou un livre aux petits enfants moins gâtés qui n'ont pas de cadeaux, et ils ont tous été généreux.
(…) "On invite ceux qui ont essayé et qui ont échoué, oui. Même si c'est vu comme une faillite aux yeux des autres, pour nous, un failli n'est pas condamnable."
(…) Gabrielle admet qu'il y a deux formes d'amour conjugal : celui prescrit par l'Eglise qui se base sur une mutuel respect et une soumission. C'est un amour qui peut durer longtemps pour autant que chacun honore ses engagements qui sont pour l'homme de subvenir aux besoins de la famille et pour la femme de prendre soin de cette famille, de s'y dévouer totalement. L'autre sorte d'amour conjugal n'est pas mentionné par l'Eglise, sauf quand il survient dans le péché, et c'est l'amour qui dépasse la bonne entente, c'est une attirance, un besoin incontrôlable d'être avec quelqu'un et avec lui seul. L'intimité qu'autorise le mariage ne fait que renforcer l'attirance, l'entente et l'amour. Ces mariages-là sont souvent moins calmes parce qu'il y a beaucoup d'imprévus dans cette force. Gabrielle conclut que cette forme d'amour n'est pas essentielle à un bon mariage, mais que, quand elle arrive entre deux époux, c'est un grand bonheur. Quand elle advient pour un seul partenaire et qu'il n'y a pas union, comme pour Paulette, c'est extrêmement souffrant.
(…) Gabrielle espère que le traitement de faveur et exclusif va calmer les ardeurs jalouses de sa fille.

Discours de femmes
(…) Mal à l'aise, Gabrielle écoute Georgina reposer sa question et elle ne peut s'empêcher d'éprouver du dédain pour ces manières prétentieusement modestes, ces fausses confidences de femmes qui affectent de partager les mêmes problèmes, cette complicité bâtie à même les défauts des maris l'horripile. Elle retrouve dans l'attitude de la sœur ce qui l'énerve chez Reine et Isabelle, ce côté entendu qui embrouille tout à plaisir, crée des complications, chipote et pinaille. Elle préfère de loin l'animosité non déguisée entre Béatrice et Adélaïde à cette mielleuse entente.

Regards de mère
(…) Sans un mot, Gabrielle savoure le savoir-faire de Germaine. L'art de ne rien dire et de paraître passionnée. C'est donc cela que les bonnes sœurs apprendront à Adéla ? Pour la première fois, elle comprend que sa fille ne ressemble pas qu'à son père et qu'il y a beaucoup de sa mère dans sa propension à la solitude et à l'exclusivité. Du coup, alors que Gabrielle la croyait à l'abri parce que munie de la faconde paternelle, elle a la certitude qu'Adélaïde va éprouver la même profonde déception qu'elle devant la marge de jeu offerte à l'authenticité dans cette société. L'envie furieuse la prend d'aller rejoindre sa fille et de la consoler d'avance de ce qui l'attend. Au lieu de quoi, elle hoche régulièrement la tête aux propos délavés de ses deux acolytes.
(…) Emue, Gabrielle voit entrer sa petite fille qui tient précautionneusement la tasse afin de n'en rien laisser déborder. Toute l'enfance dans les deux petites mains serrées autour de la porcelaine, mais déjà une grande dans l'intention et dans l'action.

Couple : Edward et Gabrielle
(…) "Si Guillaume ou un enfant se réveille se réveille cette nuit, j'irai. Dors. Repose-toi."
(…) Combien d'hommes sont comme Edward, capables d'endurer le désaccord et de ne pas prendre ombrage des idées contraires ? Combien d'hommes peuvent aimer qu'une femme soit forte et pas toujours douce et coulante ? Elle a trouvé le sien, ses filles sauront-elles trouver qui il faut pour les dompter sans les casser, pour les aimer sans les mal juger ?
(…) "Tu aurais dû m'en parler, l'estorlet." Gabrielle n'est pas d'accord : c'est à elle de voir aux enfants et aux problèmes scolaires, c'est sa tâche et sa responsabilité, il n'a pas à s'immiscer là-dedans.
(…) Elle ne pleure pas souvent, Gabrielle, il ne sait pas quoi dire ou quoi faire, alors il reste là à épier ce chagrin qui ne vient pas de lui et qu'il ne peut pas consoler.
(…) Gabrielle se couche sans un mot et se tourne vers la porte, lui indiquant nettement, si doute il y avait, que leur complicité est gâchée pour cette nuit et jusqu'à nouvel ordre. (…) Un temps où tout cela mûrit, puis Edward prend sa voix douce :"Je ne suis pas contre toi, je suis contre une idée que tu as." (…) Il tend le bras au-dessus de sa tête, l'invitant en silence à venir dans le creux de son épaule. Tentée, elle ne bouge pas. "Viens. Viens, on s'obstinera pas. On va juste mieux dormir, malgré qu'on reste en désaccord."
(…) Il murmure entre deux baisers : "Je ne m'enlèverai pas, mais je te veux toute." Elle ferme les yeux, bouleversée des sens et du sens – "je te veux toute". Ces mots qu'il a toujours dits pour refuser d'être le seul à toucher la jouissance, ces mots qui disent plus qu'un je t'aime, qui disent sa science du partage, son désir profond de ne céder qu'à partir de son abandon à elle et que pour propulser cet abandon jusqu'à l'ultime extase, la leur.
(…) Moi, Edward Miller, avocat et époux de Gabrielle, née Bégin, avoue, admets, recule et m'incline : ma femme est la plus avisée de nous deux en ce qui a rapport à l'éducation des enfants et ses principes sont non seulement hautement moraux, mais aussi sensibles à l'esprit d'un temps qui change. Profondes excuses. Edward Miller.
(…) Quand Edward lui dit combien il est fier et heureux, Gabrielle se met à pleurer sans pouvoir s'arrêter. "Ce n'est rien, Edward, c'est juste que … en presque trente-deux ans, c'est la première fois de ma vie que quelqu'un est fier de moi !"
(…) Edward est dans une telle colère, une telle fureur qu'il ne crie même pas, il gronde.
(…) Comme il est étrange, le chemin de la vie : parce qu'elle a désobéi, elle a trouvé son bonheur. En désobéissant encore à l'Eglise, elle a entretenu et augmenté son bonheur conjugal.

Mère au foyer
(…) Elle continue à faire un inventaire complet de ce à quoi Jésus a échappé et du peu de réalité que prend alors le statut de Mère du Christ. Si on ne mouche pas un nez coulant, si on ne frotte aucune gencive à l'huile de clous, si on ne préparer aucune mouche de moutarde et ne donne aucun bain ou ne débarbouille aucune face souillée de confiture, alors comment se sent-on mère ? Pour les couches, elle peut comprendre qu'on n'en fasse mention pour demeurer dans les limites de la correction, mais le reste, ne serait-ce que couper les petits ongles, s'assurer que les oreilles sont propres ou les cheveux bien peignés, joliment arrangés en boudins ? Si on en avait parlé juste un peu, se dit Gabrielle, par petites touches discrètes, peut-être que les femmes se sentiraient moins inexistantes et négligeables, moins prisonnières d'un univers exigeant mais dérisoire.
(…) Edward est ravi de retrouver sa maisonnée grouillante de vie, malgré le tohu-bohu occasionné par l'absence de servante.
(…) Gabrielle court d'une urgence à l'autre sans jamais ressentir d'apaisement. Comme si le chaos total s'était installé parmi les siens.
(…) Gabrielle, la conscience en paix, monte à sa chambre pour "son heure à elle", celle où elle lit et écrit.
(…) Gabrielle a la désagréable impression de faire partie des plaisirs rustiques de la campagne qu'on quitte avec délectation une fois bien reposé, juste avant que l'ennui gagne.
(…) "la vie avec ses tâches coutumières et accaparantes s'est déroulée, un point c'est tout.

Adélaïde
(…) Ce qu'il y a de beau avec Adélaïde, c'est que c'est une étrange pas gênée de l'être, qui tire fierté de ça. C'était mon idée de l'aider à se sentir différente sans y voir de mal.
(…) Ce qu'il y a de difficile avec Adélaïde, c'est qu'elle n'endure pas les approximations. Elle va droit au but et attend que les gens qu'elle a élus estimables répondent avec la même franchise. Il ne sait plus quoi dire.
(…) "Florent va mourir." Edward se tait, il sait que s'il parle, elle n'ajoutera plus rien.
(…) "Elles ont été obligées de se taire. Calomnie : mentir contre son prochain. Médisance : dire du mal sans raison de son prochain. C'était une calomnie."
(…) Il n'y a qu'Adélaïde qui soit sourde à l'énervement général.
(…) "Je veux savoir pourquoi on meurt." Il la relève, époussette sa jolie robe : "Je ne suis pas sûr que même Dieu le sache. Peut-être que tout ce qu'on peut trouver, c'est pourquoi on vit."
(…) "Je dois dire qu'il y a beaucoup de Thomas dans cette jeune âme … mais la foi fragile a encore plus de mérite aux yeux de Dieu que la foi forte, n'est-ce pas ?"
(…) Gabrielle attire sa fille contre elle et le serre dans ses bras. Sa fille n'est plus une enfant, sa première décision d'adulte est prise et les premières conséquences de celle-ci seront totalement assumées.

Rose
(…) Rose est d'ailleurs toujours accommodante, quel que soit le jour, la température ou l'humeur de la maison, Rose trouve son bonheur. Un bout de ficelle, un carreau de fenêtre derrière lequel elle regarde les gens passer, une catin à bercer et à étreindre et elle est bien. Jamais Gabrielle ne l'entend chigner ou protester. "Ils me l'ont passée dans l'huile", a-t-elle coutume de dire de sa quatrième, si coulante par rapport aux autres.
(…) "la gorge lui pique fort et c'est dur à gratter par les oreilles".

Isabelle
(…) En voyant Isabelle s'installer sur le sofa avec Fabien et Guillaume, et se mettre à leur lire une très longue et prenante histoire (…), Gabrielle se dit que cette enfant a un cœur qui rachète beaucoup des inconsciences des autres.
(…) La robe enfin terminée, Isabelle se regarde et éclate en sanglots. (…) c'est le choc de se découvrir une femme qui émeut tant la petite.
(…) Gabrielle se rassoit. C'est le ton de défaite acceptée qui la blesse et la choque. Mais pourquoi cette enfant douée et ravissante se couche-t-elle toujours sous le paillasson ?
(…) Gabrielle caresse tendrement le front d'Isabelle, sans rien dire. Au bout de trente minutes, elle murmure : "Est-ce qu'il y a quelque chose qui te ferait du bien, Isabelle ? Quelque chose qui t'inquiète que tu voudrais me dire, ou quelque chose qui te consolerait un peu et que je pourrais faire ?"

Nic
(…) "A part moi, je pense qu'il n'y en a pas un qui avouerait venir de là. La honte, Gabrielle, la honte de la misère et le mépris qu'ils ont pour ceux qui y restent, qui ne s'en tirent pas. Depuis la Crise, il y a ceux qui sont tombés et ceux qui ont eu la chance de se relever."
(…) De tout ce que ses amis lui ont dit du bonheur d'une union réussie, de tout ce qu'il a vu et apprécié des joies familiales, ce rire qui suit une phrase d'Edward, ce rire étouffé, si gai, si impulsif, ce rire est le symbole même du bonheur.
(…) Nic part à rire :"Gabrielle ! Ne soyez pas si prude et si audacieuse en même temps, c'est un mélange explosif".
(…) Edward conclut que Nic, à cause de son éloignement de la religion, devient le meilleur candidat au plaisir.
(…) Toutes ces femmes embrassées, enlacées, toutes ces femmes qu'il a fait gémir ne lui ont jamais arraché le sanglot qui l'étouffe maintenant et le rend muet de détresse. Il voudrait être avec elle tout le temps, rire avec elle, se laisser caresser par elle et la prendre avec tout ce qu'il sait, mais aussi tout ce qu'il ne sait pas de ce que l'amour change dans un corps qui va à la rencontre du désir pur. L'intimité, voilà ce qu'il veut.
(…) "Gabrielle et moi, nous avons une entente concernant les enfants : ce qu'elle ne peut pas faire pour vous protéger, je le fais."

Georgina
(…) Georgina, terrée dans son grand deuil, s'enfonce dans un état dépressif qui sert d'exutoire à un énorme sentiment de culpabilité qui l'empêche de faire face à une liberté d'autant plus condamnable qu'elle a été follement et secrètement désirée.

Freud
(…) "On ne sait rien du cerveau, de ce qu'il contient, de ce qu'il peut faire". (…) La culpabilité sans le pardon de Dieu, voilà une possibilité effrayante, conclut Ted.

Le double standard
(…) Le gros bon sens de Germaine est implacable :"parce qu'il suffit d'une femme vicieuse pour permettre de traiter toutes les femmes de coquettes vaniteuses et d'incitatrices à la luxure, voilà pourquoi. Il doit bien y avoir un juif quelque part qui a mal agi et les autres payent pour lui."

© Les Editions Anne Carrière, 2003

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