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Le goût du bonheur T2 Adélaïde (Marie Laberge)

Le goût du bonheur T2 Adélaïde (Marie Laberge)

Les morceaux choisis

La guerre
(…) c'est le recours au chômage pour les forcer à s'engager.
(…) "Je me demande si, à minuit, la nuit de Noël, ils arrêtent les combats ? "Et s'ils le peuvent à cette heure-là, pourquoi ne le pourraient-ils pas le lendemain ?"
(…) "Ca a l'air que les Françaises sont tellement heureuses de voir les libérateurs qu'elles offrent tout. Quand je dis tout, c'est tout. Je ne peux pas te dire comme je les déteste : après avoir failli nous faire veuves de guerre, elles vont nous faire cocues de guerre en sautant sur nos maris ! Des idiotes, c'est ça qu'on est!"
(…) "Le septième jour, Dieu aussi s'est reposé, Il n'en a pas profité pour laver les couches ! Je ne vous dis pas qu'Il est allée dans un musée, mais Il était certainement de meilleure humeur le lundi matin. S'amuser n'est pas péché."
(…) Elle le regarde dormir en se demandant combien de femmes ce soir ont retrouvé un soldat apparemment indemne, mais profondément mutilé de l'intérieur.
(…) "Elle savait pour toi, pour les enfants, elle a toujours su que j'avais des engagements ici et elle a toujours dit que la guerre a des lois différentes, qu'elle ne demandait rien d'autre que cet amour-là." (…) Du plomb en fusion, les mots de Maurice sont comme du plomb en fusion dans sa poitrine. Goutte à goutte, elle est brûlée vive, et ensuite le plomb se solidifie, fait de sa poitrine cette masse solide qui l'écrase et l'étouffe.
(…) Enfin il la regarde, enfin il a l'air de se souvenir de qui elle est, d'où il est. "Une absence de guerre", se dit Jeannine, une de ces absences dont elle a entendu parler, où les soldats revivent un moment pénible qui peut les rendre fous. (…) Elle tient son visage entre ses mains, le force à la regarder : "C'est fini … C'est fini."

L'espoir
(…) "Si tu veux le savoir, je m'en fous des autres, de leurs problèmes, de leurs inquiétudes. Je n'ai plus de place pour les soucis des autres. Je n'ai plus de place pour de l'amour, de la pitié ou de la patience. On dirait que je n'ai plus de cœur." (…) "D'ici, Isabelle, je ne peux rien améliorer en me désespérant. Je ne peux que me nuire. Alors, je me bats à ma manière, et quand l'idée de la mort possible de Théodore est trop forte, j'essaie de vivre avec. Mais ce sont des idées, on ne sait pas. Et tant que je ne sais pas, je vais lutter, il y a un petit coin au fond de moi qui veille et qui espère. Il ne faut pas laisser l'espoir filer. Tu donnes de la corde à l'ennemi." (…) "Si Maurice meurt, je te le garantis, si Maurice meurt, je vais faire sauter l'église !" (…) Mais dans le fond, personne ne sait rien. Et tout le monde a peur ou craint pour quelque chose ou quelqu'un. (…) "Je me suis haïe de désirer Nic et même ma haine a rendu le désir plus fort. Je voudrais être sûre que ce n'est pas ma faute si Théodore meurt, si en le laissant disparaître dans ma tête, je ne permets pas qu'il disparaisse là-bas. Je suis comme toi, Isabelle, je ne sais pas ce que Dieu retient de mes actes pour justifier les Siens. Mais, de plus en plus, je pense que Dieu s'en fiche et qu'Il agit sans égard aux sacrifices qu'on Lui paye.

L'éducation
(…) "Il faut de temps en temps que certaines choses soient spécifiées. Merci, Reine, ça prenait des proportions désagréables."
(…) "C'est vrai qu'on est promptes à juger, mais très lentes à renseigner. Et on ne juge que celles qui se font prendre."
(…) "Rose, ça arrive que les circonstances nous forcent à déguiser la vérité. Si, en toute conscience, tu ne fais pas de mal, tu n'as pas à en convaincre tout le monde".
(…) Il y a en elle un consentement à ce qui est, une douceur magnanime qui inquiètent Adélaïde : comment Rose pourra-t-elle faire son chemin, trouver sa route si elle ne conteste jamais les autres ? Si elle se coule dans leur jugement, si elle croit sincères et bons, alors qu'ils mentent peut-être ? (…) Comment aider Rose, en commençant par quoi ? (…) En la laissant faire ce qu'elle veut. (…) C'est une dévouée, Ada, ne lui demande pas de diriger ton entreprise, elle serait malheureuse. (…) Adélaïde soupire. Elle sait que Florent a raison, qu'on ne lutte pas contre la nature des gens, que c'est une perte de temps et une énergie investie en vain. (…) De deux choses l'une, Ada : ou tu fais confiance à la Divine Providence, ou tu suis ta sœur et tu la chaperonnes jusqu'à la grande demande ! Tu sais que tu ressembles beaucoup à ta mère en ce moment ? Tu sais ce que ça lui coûtait de te laisser faire à ta tête ? Combien de fois je l'ai vue se ronger à cause de ton énergie entreprenante. Elle ne voulait pas intervenir, elle voulait que tu apprennes par toi-même. Regarde le résultat :personne ne peut te faire agir contre ta volonté. Laisse assez de jeu à Rose pour qu'elle apprenne par elle-même. Elle ne sera pas mangée par le loup et, de toute façon, tu ne peux pas la protéger contre elle-même. (…) Rose est une bonne nature. Ce qui t'embête, c'est qu'elle préfère donner plutôt que recevoir. C'est sa façon à elle et c'est ta façon à toi d'aimer les gens. (…) A voir le visage de Rose, Adélaïde remercie mentalement Florent et se jure de se souvenir dorénavant de certains principes d'éducation qui ont fait d'elle la femme indépendante qu'elle est.
(…) Déprimée, elle accepte d'offrir une compote de pommes à Léa sans qu'elle ait terminé sa purée de légumes.
(…) "Il faut que la souffrance nous apprenne quelque chose. Qu'elle soit une clé et non un mur."
(…) Naître du péché ou naître absous de Dieu ne change rien au vrai besoin: sans l'amour de Gabrielle, Adélaïde n'aurait pas pu survivre au rejet de son père, aux départs et à la guerre.
(…) "Pourquoi je me mêlerais de juger tes principes d'éducation, veux-tu me dire ?"
(…) "Je me fiche bien de ce qui est officiel ou pas, Guillaume Miller. Je promets à chaque mois à Rose de veiller sur toi et je ne manquerai certainement pas à ma promesse. Alors, conduis-toi en homme responsable si tu veux être un homme libre. Et arrange-toi pour que je ne mente pas à Rose sans le savoir."
(…) "Tu ne changeras rien en le rêvant seulement."

Le couple
(…) Marthe lui demande brutalement si Jean-Pierre ou elle-même aurait commis un impair :" Tu sais, le genre de choses qu'on ne devine pas sur le coup et qui fait des ravages souterrains."
(…) "Beaucoup d'épouses jouent la carte de l'ignorance, moi je joue celle de la connaissance et même de la reconnaissance. Un jour ou l'autre, ces femmes se retrouvent dans ma position, celle de la femme trahie. Un jour ou l'autre, elles ne menacent plus rien. Ce qu'on ne sait pas nous sape de l'intérieur. Je préfère savoir, voir et reconnaître." (…) "Vous ne savez pas encore que l'amour est le terrain le plus incertain, le plus obscur qui soit ? Qu'un cœur ne se contrôle pas et que, si on le contraint, on ne réussit qu'à le faire taire, mais jamais à le tuer ou à le rendre prisonnier de nos conceptions étroites ?"
(…) Isabelle a l'air de s'enfoncer dans une spirale de désolation qui laisse chacun sans argument. (…) "Si le coup ne les tue pas, il va les secouer suffisamment pour qu'ils sauvent ce qui leur reste."

L'enfance
(…) Elle revoit Florent avec ses rubans enroulés autour de ses doigts. Comment peut-on laisser des enfants si seuls qu'un petit bout de coton chiffonné leur tienne lieu de tendresse et de baisers ? Comment peut-on les abandonner assez pour que, le soir venu, ce soient ces petits objets qui entendent les espoirs et les détresses de ceux qui n'ont personne à qui se confier ?
(…) Dans la cuisine éclairée crûment, en regardant les enfants se tirailler et s'agacer, elle retrouve cette ambiance si particulière de l'enfance, quand on est sûr qu'un barbot sur la page est la fin du monde.
(…) Quand la petite main mollit et lâche des mèches de cheveux, Adélaïde sait qu'elle peut recoucher sa fille.
(…) Adélaïde est intraitable : c'est sacré, un enfant malade doit pouvoir compter sur les bras de sa mère.

La mort
(…) Il est ailleurs, dans une autre dimension, celle de l'oubli, celle où les disputes, les reproches n'ont plus cours, celle où les joies, les déchirements n'atteignent plus le cœur, la dimension de l'indifférence et de l'adieu. Là où les heures ne comptent plus pour des heures.
(…) Je pense qu'on ne peut pas juger Léopold. On peut seulement évaluer le poids de l'erreur, et cela pesait lourd dans sa vie.
(…) Elle est libre, aussi atroce que cela puisse être, aussi affreusement brutal que soit l'énoncé, la chose lui paraît limpide : elle a fini de prouver la justesse de ses convictions et de se montrer bonne fille ou digne de l'éducation qu'on lui a donnée. Elle est orpheline, et cela veut aussi dire livrée à elle-même, à son propre jugement.
(…) Jamais on ne reparlait de l'homme, parce que cela évoquait sa mort. Voilà sans doute pourquoi il ne faut pas se suicider : la mort efface du coup toute la vie et il ne subsiste que la sortie, rien de ce qui précède.
(…) Elle sait que c'est maladif, déraisonnable, mais la mort de Babou la frappe durement. L'événement réveille ses pires angoisses quant à la sécurité des enfants, et elle n'arrive à se calmer qu'une fois que Nic est près d'elle.

Charité et dignité
(…) "Les humiliés répondent à la bonté par le mépris, les pauvres disent merci."

Le temps
(…) "Quand on vieillit, on comprend que les choses qui restent ne sont pas toujours celles qui sont dignes de mention dans un almanach".

L'orgueil
(…) Adélaïde le regarde se débattre avec le chagrin qui l'étouffe et le fait tourner en rond comme une mouche piégée. Elle voudrait l'aider, faire éclater la peine, mais elle sait que l'orgueil qui tient Alex doit être ménagé.

La jalousie
(…) "Veux-tu cesser de parler comme si je t'en voulais ou comme si je te volais quelque chose." "Tout est toujours tellement facile pour toi. Tu ne peux pas comprendre."

Les femmes
(…) Adélaïde dépose son bulletin de vote en pensant à celle qui lui a montré à se battre, à ne pas accepter n'importe quoi, à croire en elle-même et en sa capacité de vaincre les difficultés.
(…) "Vous en demandez trop aux femmes. Vous leur demandez d'être très fortes et de disparaître en même temps. Tenir une famille, l'élever, conserver les valeurs et se considérer moins que la poussière qu'elles ramassent tous les jours."

L'amour
(…) Elle n'ignore pas que la règle d'une sentiment total et unique enseignée par sa mère au sujet du mariage a été transgressée depuis longtemps et de plus d'une manière en ce qui la concerne. Peu importent les usages qui prévalent ou l'éduction qu'elle a reçue, force lui est de constater et d'admettre que l'amour n'est pas du tout la chose simple, limpide et éternelle dont parlent les chansons. L'amour est parfois beaucoup plus complexe et, malgré les apparences, qu'il ne soit pas singulier n'en fait pas un sentiment inférieur.
(…) cette pulsion sauvage qui l'habite et la rend irritable et impatiente, cette envie qui la fait piaffer du dépit de n'être pas contente, n'est pas une invention diabolique que Dieu a mise sur terre pour éprouver l'amour véritable des femmes, mais une furieuse envie de vivre.
(…) Elle sait que, même si elle l'aime, la mort de Théodore ne la tuera pas. Elle ne sait pas pour Nic, s'il mourrait, elle n'a jamais voulu imaginer cette possibilité. Elle sait pour Théodore, et c'est déjà assez difficile d'accepter d'être une vivante qui survit et qu'aucun amour ne détruit. Devant la morbide fidélité de son père, Adélaïde ressent la honte des survivants, mais aucune velléité pour l'imiter.
(…) "Je déteste les gens qui se servent de l'amour pour agir honteusement".
(…) "Il est possible d'aimer plus d'une fois et de trouver du bonheur autrement et ailleurs que là où on le trouve la première fois, ou que là où on pense le trouver. La vie est plus maligne que nous, Fabien."

Le pardon
(…) Elle ne dira pas "papa". Elle ne demandera pas ce pardon qui l'aiderait tant à s'aimer un peu mieux. Elle va essayer d'être une adulte et de tenir son rôle pour lui, le rôle de cette autre femme dont le fantôme les hantera tous jusqu'à leur dernier soupir. Elle ne cherchera plus à le forcer à aimer s'il n'en est plus capable. (…) J'ai vingt ans et je sais déjà que jamais l'inconvenance ne justifiera le moindre de mes refus. (…) "Pouvez-vous laisser de côté ce qui doit ou ne doit pas être et voir ce qui est, sans vous l'arracher du cœur parce qu'il ne se conforme pas aux lois ou qu'il ne respecte pas vos commandements ? Etes-vous capable de dépasser ce qui est tracé par votre bible, vos principes, et de pardonner à votre fils de ne pas avoir été celui que vous rêviez d'avoir, celui que vous vouliez aimer ? (…) Partez lire vos livres savants qui disent pourquoi la règle est plus puissante que les êtres humains. Pourquoi la loi écrase ceux qui font des erreurs et les éloigne à jamais." (…) "Je ne sais pas comment dépasser la loi. (…) Alors, si dans votre fougue et dans votre jeunesse vous en trouvez le temps, j'aimerais apprendre à rendre l'être humain prioritaire à la règle."
(…) "Et si je t'aime en sachant qui tu es, ça ne t'aide pas à t'aimer un peu ?" (…) "Tout le monde a ses cachettes, Florent. Pas juste les invertis. Le sexe est toujours une cachette, et tout le monde a peur que les autres devinent leurs petits secrets sales. Et ce n'est pas seulement l'idée du péché qui rend ça vicieux. On est tous gênés, et ça rend sale et hypocrite."
(…) "J'ai besoin de temps et de solitude. Je ne peux pas penser avec trois enfants accrochés après moi". (…) Adélaïde n'interdit qu'une chose : la spéculation vaine à propos des sentiments à venir. (…) "Chacun a une opinion, un sens du devoir, de l'amour conjugal. Chacun sait pour soi. Mais personne ne peut savoir ça pour toi. Je voudrais que tu essaies de faire ce à quoi tu crois vraiment. Rien d'autre. Considère ta capacité de pardon, Isabelle."
(…) "Parce que, même sans pardon, même enragée, défaite et dans un faux mariage, tu l'aimes encore, Isabelle. Et aimer quelqu'un à qui on ne pardonne pas doit être très, très dur. C'est comme te placer au milieu du combat en laissant tes armes à la maison." (…) "Le problème, c'est qu'il n'y a pas de pardon en moi. Du vide et des reproches." (…) "Mais quand les petits vont échouer à l'école parce qu'ils ne peuvent pas étudier à la maison à cause de vos engueulades ou de la tension, tu vas être convoqué chez le directeur d'école, Maurice. Et tu vas dire quoi ? Je sais, mais c'est la faute à leur mère ? Qui va dire que c'est de ta faute si elle est malheureuse ? Quelle sorte de principes d'éducation vous avez ? Tu ne peux pas te contenter de discuter sans fin avec Isabelle, il faut t'occuper des enfants, les emmener glisser, faire l'arbre de Noël avec eux, leurs devoirs. Tu ne fais rien de ça ? C'est ce que tu appelles le domaine d'Isabelle ?" (…) "Revenir à cinq heures tous les jours dans cette maison me tuerait, je te jure." "Tes enfants y reviennent tous les jours, eux. Penses-y. Ils ont un besoin urgent de voir leur père."

Adélaïde
(…) La rage l'empêche de pleurer.
(…) Elle se demande si Edward, en l'éloignant, ne se joue pas le jeu du retour possible de Gabrielle.
(…) La mesure, si chère à Gabrielle, est inconnue d'Adélaïde. Sa réserve est le fruit d'un apprentissage que sa vraie nature, violente et déterminée, trahit à chaque instant.
(…) Adélaïde est une active qui trouve questions et réponses dans la bataille et la confrontation.
(…) Toute sa vie, Adélaïde a dû revoir ses jugements péremptoires à la lumière de l'indulgence de Florent.

Adélaïde et Nic
(…) "Adélaïde, je pense qu'attendre un bébé rend plus sensible et que tu as seulement besoin d'être touchée, de tendresse. C'est une chose que je peux t'offrir."
(…) "Je le savais ! Je le savais que tu aurais confiance ! Vois-tu, Nic, c'est ce que j'aime chez toi : tu ne juges pas, tu attends de savoir pourquoi on agit comme on agit".
(…) Quand elle arrache la feuille et se remet à écrire, elle est persuadée que ce n'est que pour elle-même, pour soulager la tension qui, depuis deux mois qu'il est parti, gonfle et s'amplifie au point de l'empêcher de se concentrer sur autre chose. Elle écrit sans réfléchir, d'un trait, décrivant ce qu'elle désire comme elle n'oserait jamais le dire, mais comme elle oserait le prendre. Elle écrit d'un trait, sans censure, pratiquement à bout de souffle, aussi tendue vers le mot qu'elle l'est vers le plaisir, aussi habitée par l'urgence que si Nic était vraiment avec elle. Quand elle appose le point final, pantelante, transportée, presque en transe, elle ne relit pas et se contente d'aller dormir, enfin délivrée. (…) La réponse de Nic est sublime. Lui qui prétend ne pas savoir écrire, trouve des formules assez percutantes pour lui couper le souffle. Le ton de Nic, l'allégresse avec laquelle il lui renvoie la balle, le désordre sensuel dans lequel il l'expédie en deux mots, la libèrent de tout reliquat de pudeur – si elle en avait. (…) L'exaltation que provoque cette correspondance amplifie une intimité que l'absence risquait de flétrir.
(…) "Quand je t'ai épousée, je t'aimais déjà sans le savoir. Mais j'avais renoncé, à cause de ted. Je ne voulais qu'une chose : que tu aies cet enfant en paix, que tu ne perdes pas tout. J'ai aimé ta mère comme un fou, probablement autant que tu as aimé Théodore Singer. Tout en toi ressemble à Gabrielle, mais tout est ardent, fervent avec toi. La vie avec toi est pleine d'électricité, tu ne regardes rien comme les autres, tu déranges toutes les habitudes, toutes les normes, tu es si entière que tu peux faire peur. Tu es un orage, Adélaïde, ta mère était un lac calme. Chez toi, la vie est affamée, chez elle, on pouvait se reposer. Tu as sa taille, mais ton élégance fracasse au lieu d'être discrète. Je ne sais pas pourquoi, tu es la seule femme dans ma vie à me mettre aussi fort au défi de vivre. Gabrielle s'arrêtait toute seule, toi, je ne pourrais même pas te ralentir. Personne ne le peut. Et c'est ce qui fait que, malgré ta ressemblance avec elle, tu es toi, différente, plus forte et uniquement toi. Gabrielle disparaît devant toi."
(…) Nic prend la relève : " Inquiète-toi pas, ma puce, je frotte le dos de maman et j'arrive." Voilà comment Adélaïde entend la collaboration conjugale.
(…) Nic sifflote dans la salle de bain, elle sourit en le devinant penché au-dessus du lavabo : il est toujours trop grand pour ces endroits "conçus pour des nains", comme il dit. Les bruits changent. Tiens! Nic se rase. Adélaïde se couche, émoustillée : quand Nic se rase avant de se coucher, ce n'est pas pour épargner le coton de l'oreiller !
(…) Nic lui interdit de se lever de sa chaise longue les trois premiers jours.
(…) Elle sourcille, le Ritz, pour Nic, c'est l'endroit des grandes célébrations : "Je m'habille pour dîner ou tu as loué la suite présidentielle ?" Nic décroche le téléphone : "Maintenant que tu m'y fais penser. Au bar de l'hôtel, à six heures ?"

Florent
(…) Florent ne comprend jamais qu'on s'en prenne aux autres pour des failles qui sont en soi.
(…) "Apprenez à refuser ce que vous n'appréciez pas".
(…) "T'es comme ça, t'es gêné pour mourir, mais t'obtiens ce que tu veux".
(…) "L'élégance et la bonne humeur, Ada, ça c'est du slogan !"
(…) pas de haute couture tant que la guerre dure !

Babou
(…) "Ce n'est pas affreux, Adélaïde, c'est une tragédie au sens où on en retient des enseignements, pas au sens pitoyable du terme."
(…) Elle se demande si l'enfant est la brisure ou le lien dans ce couple étrange et désassorti.
(…) "Toute l'innocence du monde et toute la confiance du monde, c'est Babou. Et je vais le perdre. Je pense que je vais tuer le premier qui me dit que "c'est mieux comme ça." Parce que j'aurais pu être assez imbécile pour le dire moi-même, il y a onze ans." (…) Marthe ne se bat pas, elle accompagne son petit garçon. Marthe ne réclame rien, ne proteste pas contre l'évidence. Tout comme pour le handicap, elle s'incline devant l'ennemi et elle essaie seulement que Babou ne soit pas seul à faire face.

© Les Editions Anne Carrière, 2003

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