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Moi, Charlotte Simmons (Tom Wolfe)

Moi, Charlotte Simmons (Tom Wolfe)

Les morceaux choisis

Attentes
(…) A Dupont, elle allait faire la connaissance de gens comme elle, des gens dont le cerveau continuait à vivre, pour lesquels l'avenir était une notion qui dépassait le samedi soir suivant …
(…) A quoi bon être jolie, si on échouait aussi lamentablement qu'elle sur deux tableaux essentiels, les garçons et la popularité ?
(…) Ils ont du ressentiment , mais aussi ils sont … fascinés. Très, très attirés. (…) Il y a toujours des envieux, dans ce genre de situation. Nietzsche les appelle les tarentules. Leur seule satisfaction, c'est de faire tomber ceux qui les dépassent, de regarder la chute … Partout où tu iras, tu vas en croiser. Il faut que tu apprennes à les reconnaître.
(…) "Je suis Charlotte Simmons, moi, et je ne m'abaisse pas à ci ou ça."
(…) L'un des aspects de Charlotte Simmons qui faisait d'elle Charlotte Simmons était de ne jamais céder à la pression du groupe.

Sportifs
(…) Jouer les répétiteurs pour les sportifs signifiait se soumettre aux caprices de mastards stupides qui vous convoquaient au bipeur dès que l'envie les en prenait, et participer à cette vaste supercherie institutionnalisée connue sous le nom de "sports et études".
(…) "Tu sais pourquoi les Romains ne laissaient que les citoyens libres étudier la philosophie ?" (…) "Ils avaient des esclaves venus du monde entier, certains très intelligents, par exemple les Grecs. Ceux-là, ils les laissaient étudier des matières pratiques, les maths, la physique, les techniques d'ingénierie, pour qu'ils puissent bâtir des ponts ou des maisons, ou la musique, pour qu'ils puissent les distraire. Mais seuls les citoyens romains, les "hommes libres" avaient accès à la philosophie, à la rhétorique, à la littérature, à l'histoire, à la théologie. Parce que c'était les "arts de l'argumentation" et ils ne voulaient pas que les esclaves soient capables de former des concepts, des idées qui les conduiraient à s'unir, à se révolter, …"
(…) "Au temps de Socrate, les Grecs avaient un dicton :Mens sana in corpore sano. Un esprit sain dans un corps sain."
(…) Les pom-pom girls (…) Elles se mettent en ligne comme les danseuses de french cancan, elles envoient la jambe en l'air pour te montrer les cuisses jusqu'en haut, leurs seins pointent comme … comme des missiles sur le point d'être tirés, elles remuent des hanches, elles sont à peine habillées … C'est la récompense sexuelle après l'effort.
(…) Les Grecs ont changé le monde "rien qu'en le pensant".

Orgueil et naïveté
(…) Beverly et sa snob d'amie la regarderaient avec une admiration éperdue, s'en voudraient de ne pas avoir recherché sa compagnie quand elles en avaient la possibilité. Et à ce moment-là, elle leur tournerait le dos, à jamais !
(…) Le besoin de statut l'a emporté. Elle a suivi Hoyt.
(…) Seuls les nullards avaient des blousons ou des sacs ou n'importe quoi symbolisant l'université, comme s'ils pensaient que leur appartenance à l'établissement était un événement en soi. C'était le cas, en effet, mais tout le chic du snobisme inversé était de ne pas le proclamer.

Mâle et femelle
(…) Elle a encore crié, produisant ce son que n'importe quelle fille ou femme reconnaît immédiatement, celui de la frayeur simulée par le genre féminin devant les singeries explicites du mâle.
(…) Elle était partagée entre la compassion pour cette malheureuse éclopée, la révulsion devant tout ce qui était révoltant, la culpabilité à sentir que la seconde émotion l'emportait sur la première à la vue de cette garce éméchée achevant sa marche de la Honte. (…) Compassion, révulsion, culpabilité.

Darwin
(…) Il a effacé la distinction entre le genre humain et le règne animal.

Delgado
(…) Puisque la psychanalyse était le seul remède aux désordres mentaux, (…) Freud a gelé l'étude du cerveau pendant un demi-siècle. (…) Delgado estimait que l'on ne peut comprendre la psychologie et le comportement humains sans comprendre comment le cerveau fonctionne. (…) Non seulement les impulsions mais même les choix et les intentions sont des phénomènes physiques, qui peuvent être physiquement déclenchés ou stoppés.

La dépression
(…) Seule une fille qui l'a vécu dans sa chair peut savoir à quel point la conversation est un supplice, pour quelqu'un de déprimé.
(…) Mais Charlotte Simmons n'avait plus droit à l'indignation morale, n'était plus autorisée à juger quiconque, aussi répréhensible son comportement eût-il été.
(…) L'aube la trouvait invariablement éveillée, beaucoup trop consciente et angoissée à l'idée de devoir quitter son lit. La peur s'ajoutait au poids de l'inertie et à l'épuisement dû au manque de sommeil.
(…) Cette avalanche d'injonctions moralisatrices a fini par atteindre Charlotte, par trouver un écho dans les quelques principes évangélistes qu'elle avait apportés à Dupont sans même le savoir, comme s'ils avaient été cousus dans la doublure de ses vêtements. (…) Le mépris et la haine étaient désormais son point fort, l'abattement avait cédé la place à la colère, un péché capital peut-être mais aussi un signe positif, dans son état.
(…) La fin de l'insomnie était le preuve tangible qu'elle était en train de sortir de sa dépression.
(…) Ayant trouvé le vieux peignoir qu'elle n'osait plus porter à Dupont, elle l'a enfilé, a noué solennellement la ceinture, passé les pieds dans les vieilles pantoufles qu'elle avait jusque-là bannies au fin fond du placard, attrapé sa vieille trousse de toilette.

© Editions Robert Laffont, S.A., Paris, 2006

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