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Avec vue sur le Royaume (Jean-Pierre Gattégno)

Avec vue sur le Royaume (Jean-Pierre Gattégno)

Les morceaux choisis

(…) Au Caire, la mendicité est un business. On donne ou on ne donne pas, exactement comme on achète ou on n'achète pas. Dans les deux cas, l'important, c'est la négociation : vous demandez tant, on vous offre tant. On prétend que les plus grand mendiants sont les Tsiganes, c'est faux : les Tsiganes font mendier leurs femmes ou leurs enfants. (…) Au Caire même les hommes font la mendicité. Il faut dire qu'ici, elle a une valeur religieuse : la zakât, l'aumône, (…) est un des piliers de l'islam, elle correspond à un impôt sur l'épargne. C'est peut-être pour cela que certains mendiants sont si arrogants : ils se prennent pour les percepteurs de Dieu." (…) cet impôt est fixé à deux et demi pour cent de votre épargne. Deux et demi réparti sur tous les mendiants que vous croisez dans la rue, ce n'est pas ça qui va les enrichir. C'est pourquoi ils préfèrent s'adresser aux touristes, c'est plus rentable."
(…) En voyant ces femmes, on devine qu'une liberté est en train de disparaître. (…) Dans d'autres pays, le voile s'inscrit dans une tradition séculaire; au Caire, c'est le signe d'une régression.
(…) C'était dans leur docilité que résidait selon moi la véritable grandeur,la véritable humanité si vous préférez. Ce geste ultime pour grappiller quelques miettes de vie, malgré les humiliations et les souffrances.
(…) Ses chefs avaient été les champions de la géométrie, qu'il s'agît de défilés militaires, de sculptures, de peinture, d'architecture.
(…) L'élégance du SS est également une affaire de pouvoir. Elle doit inspirer la peur, témoigner d'une inflexibilité hors du commun.
(…) "Sieg Heil!" (…) La parfaite synchronisation du geste et de l'aboiement confirmait la détermination de l'homme supérieur.
(…) Ne dites pas : "Bien mal acquis ne profite jamais" mais : "Bien pas acquis ne profite jamais".
(…) Pour moi, les infatigables marcheurs de la paix, ce sont les faiseurs d'argent, ceux qui rêvent non pas de bonheur universel mais de dividendes. (…) Quand des ennemis, aussi irréductibles soient-ils, font des affaires ensemble, ils ne pensent pas à s'entretuer. La grande chance des Israéliens et des Palestiniens, c'est qu'il y a des hommes d'affaires et des corrompus parmi eux.
(…) Les religieux ont condamné "cette paix fondée sur le vice". Ils préféraient une guerre fondée sur la vertu !
(…) Terezin lui manquait, les opéras, les concerts, les répétitions qui se suivaient à une allure vertigineuse. Il aimait cette vie brillante qui ne tenait qu'à un fil, il admirait ces musiciens, "stimulés", c'était son expression, par la perspective d'une fin imminente. "Grâce à cette épée de Damoclès, ils se sont surpassés, disait-il. Cette épée, c'était nous, les SS, qui la tenions au-dessus de leurs têtes, sans elle, jamais Terezin n'aurait connu une telle effervescence, jamais on n'y aurait montré une telle créativité."
(…) Regardez votre montre, à chaque tour de cadran, la trotteuse rattrape l'aiguille des minutes qui rattrape celle des heures. Après chaque vingt-quatre heures, le calendrier indique une nouvelle date, seulement on ignore laquelle : c'est juste un numéro, comme à la roulette. "Rien ne va plus", telle est la devise de l'éternité.

© ACTES SUD, 2007
si l'éditeur le demandait, cette rubrique serait immédiatement supprimée


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