16 octobre 2009

NOTE PLUS ANCIENNE
Chaos calme (Sandro Veronesi) L'Histoire commence par un dialogue effréné entre deux frères «Là !» Un drame se déroule sur la plage où ils viennent de surfer, et les deux hommes vont devenir les héros d’une heure dans l’indifférence de l’impuissance des autres. Au retour chez lui, l’un des frères apprend que pendant son acte héroïque un autre drame bouleversait sa vie. J'ai aimé la scène fondatrice du roman, comme le parti pris du narrateur face à son destin. Mais l’enchaînement des situations n’a pas répondu à mes attentes. Quand la mort frappe, dans des degrés de brutalité que l’on pourrait décrire ou discuter, le vécu réactionnel des vivants est si varié et si inattendu. J’ai aimé cette idée de figer le choc en attendant que la souffrance implose, ce chaos calme dans lequel le veuf s'est enfermé attendant patiemment que la douleur le foudroie et inonde sa vie. J’ai admiré la mentalisation des événements qui touchent le narrateur et sa fille, comme l’immobilisme dans lequel la souffrance les fige. D’autres lecteurs, qui se sont ennuyés comme moi, m’ont dit «peut-être faut-il avoir vécu ce qu’a vécu le narrateur pour que le livre résonne ? » J’attendais aussi un revirement, j’attendais le choc, j’attendais que les héros tombent dans la chair et le sang, s’étalent dans leurs émotions, les expriment, les hurlent, les suent … Parce que la douleur, c’est aussi des émotions, des instants présents, fugaces, des tremblements, des ondes électriques, des regards magnétiques. Ce qui m’a manqué, c’est le choc de la nouvelle, l’annonce à l’enfant, l’histoire du courage et de la tristesse dans la construction du bonheur, la révolution silencieuse qui s’opère en nous quand la vie s’arrête et qu’on réalise qu’on ne vit pas assez la sienne, le contenu et le contenant de l’amour, la responsabilité en tant que personne à ne plus mentir, à soi, aux autres, à ses enfants, dans l’exemple qu’on leur donne, … Comme la Terre d’Islande, j’aurais voulu dans cette lecture, me sentir de feu et de glace.
NOTE PLUS RECENTE
D'autres vies que la mienne (Emmanuel Carrère) Tout y est vrai. J'y ai appris beaucoup de choses sur le handicap, sur le vécu des malades atteints du cancer, et sur les familles surendettées aidées par l'activité juridique hors du commun des juges de Vienne. Et j'y ai lu peines et peurs, celles du passé enfouies et amnésiées, les plus récentes encore douloureuses, et les futures envisageables avec réalisme sans pessimisme … Ici, l'auteur se dévoile sans indulgence, factuellement, et au fur et à mesure des pages qui déroulent des vies aussi communes qu'extraordinaires. Les souffrances des autres peuvent vous rapprocher d'eux ou vous en éloigner. Ce n'est pas facile d'approcher la souffrance de l'autre avec de l'amour, et non avec de la peur. Le changement peut être appréhendé comme quelque chose de difficile (comment fait-on ?), d'inutile (à quoi cela va-t-il me servir ?), d'identitairement perturbant (qui suis-je depuis tant d'années si je change aujourd'hui ?). Et c'est ainsi que l'on va pouvoir être tenté, bien malgré soi, à s'accrocher à des avantages de la situation présente (dont on n'a pas forcément conscience … et que l'on craint tout de même de perdre), situation dans laquelle l'on s'annonce pourtant si misérable – à défaut de savoir visualiser notre avenir, nommer nos émotions, satisfaire nos besoins, pour enfin, et seulement à ce stade, être en mesure de passer à l'action … Jusqu'au jour où fortuitement les circonstances de la vie vous apportent sur un plateau un bouleversement d'une telle ampleur qu' "aujourd'hui" devient irrémédiablement "hier" … "D'autres vies que la mienne" est l'histoire dramatique, réelle et belle de ces anonymes qui ont fait passer l'aujourd'hui de l'auteur à hier. Il fallait aussi être capable d'accueillir ces événements. Ce qui est magnifique ici, c'est que face à la souffrance de l'autre, l'auteur et les acteurs des vies qu'il raconte, ne vont pas s'arrêter à leurs peurs, ils vont aller au-delà. Ils vont accepter cette réalité époustouflante de souffrances, et lui faire face en offrant de l'amour. Capables d'empathie (je me place au niveau de tes émotions, mais je ne les vis pas à ta place) et de vécu de la réalité (ses pénibles et durables secondes), ils peuvent éprouver de la compassion. Et c'est alors qu'ils deviennent capables – à leur mesure - de "rendre service", d'aider, d'être auprès de … Il est utile de distinguer la sensibilité d'un être vis-à-vis d'un autre à la sensiblerie. Il y a des émotions qui ne coûtent rien, des émotions qui ne font pas grandir sa capacité à aimer. Etre capable de pleurer devant un film qui vous touche, ou en lisant les lignes d'un roman est pure sensiblerie sans prise de risque émotionnel si l'instant d'après vous perdez le contact avec cette capacité d'aimer qui ne demande qu'à se développer, qu'à être vécue réellement, partagée ici et maintenant, main dans la main … Aimer, c'est aussi prendre le risque de perdre. Et pour la première fois de sa vie, l'auteur découvre qu'un être cher peut vous être ravi par une vague d'eau, par des irradiations, par la maladie, par …., par …., par tant d'événements si éloignés de la lassitude d'une relation. Une fois le drame annoncé et/ou vécu, la vie submergée et ravagée, la résilience doit se mettre en route. L'importance donnée à l'individu depuis des décennies dans nos cultures occidentales a rendu possible l'observation des réactions des hommes face aux drames de la vie. Ici encore, "D'autres vies que la mienne" déroule sans discours les trois conditions nécessaires à la résilience : 1- Le choc est-il externe ou proche ? On constate que la fatalité à l'événement dit "naturel" est plus facilement "acceptée" que celle de l'événement non "naturel". 2- L'histoire personnelle de la personne : le niveau de fracture personnelle, car chaque choc est comme une onde sismique, est comme la goutte qui va faire déborder le vase. Ce n'est parfois que la même goutte, mais ce sera celle qui fera déborder le vase. Et c'est parfois l'onde sismique majeure aux conséquences plus grandes selon chaque fossé individuel. 3- L'accompagnement lors du trauma : s'en sortent mieux ceux qui participent Tous les jours, nous rencontrons des hommes, des femmes, des enfants, véritables héros de leurs vies, et nous ne le savons pas. Un acte d'héroïsme ne se mesure ni à sa notoriété ni à la grandeur de ses actions. Soyons le Colibri de notre vie. Oui, je vous raconte son histoire, comme on me l'a racontée, et faites-la passer : Cela se passe dans une forêt dévastée par les flammes, et un colibri vole jusqu'au point d'eau le plus proche, remplit son bec, revient dans la forêt et déverse l'eau de son bec sur les flammes. Il vole, remplit, revient et déverse. Il vole, remplit, revient et déverse. Un condor, posté immobile sur une branche, le regarde et l'interrompt en l'apostrophant moqueur : "Que fais-tu petit Colibri ?" "Je fais ma part.", répond le Colibri, déjà reparti remplir puis déverser …

Alexandra

Lectrice et Ecrivante contemporaine, 
Femme, Mère, Amie, Relation, Professionnelle .... m’occupe 24h/24 ....

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